R.C.F. 8 Avril 2011
402 iéme Billet de géopolitique
Carton rouge pour Berlin
Permettez moi de revenir sur les graves conséquences pour l'avenir de l'Union Européenne résultant à la fois de l'abstention de Berlin lors du vote de la résolution 1973 sur l'intervention en Lybie mais aussi de l'incapacité de l'Europe à prendre en charge à son niveau la nécessaire intervention militaire pour résoudre une crise majeure dans son environnement stratégique le plus immédiat.
Faut-il condamner l'Allemagne qui venait d'être admise comme membre non permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU pour la période 2011/2012. Contrairement au Président français la Chancellié re allemande ne peut engager son pays dans une intervention militaire sans l'aval du Parlement alle mand, le Bundestag qui décide en dernier ressort de tout engagement de la Bundeswh à l'extérieur du territoire allemand, aprés verification par la Cour Constitutionnelle de la compatibilité de cet en gagement avec la Loi Fondamentale.Profondément pacifiste le peuple allemand est réticent face à toute aventure militaire.En 1999 il a fallu le massacre de Srebenika pour que la population soutienn par devoir l'intervention au profit des Balkans martyrisés par les nazis.Il a fallu de même le11 septe bre 2001 pour que l'engagement de la Bundeswher en simple soutien en Afghanistan soir accepté co me résultant des obligations d'une alliance militaire auxquelles Berlin ne pouvait échapper.Mise en difficulté par une forte opposition sur la question du nucléaire ravivée par le drame de Fukushima la Chancelliére ne pouvait s'aliéner une plus large part d'une opinion publique d'autant plus hostile que les Allemands ont pris conscience de leur puissance économique et ne supportent plus de se voir im poser leur décision par Bruxelles et surtout pas par la France dont l'arrogance ne cesse d'agacer outr -rhin.Berlin enfin n'a pas aujourd'hui de politique extérieure très affirmée et débat sur la nature le fo mat et les missions d'une Bundeswher hier armée de cosncription en charge de la sécurité du territoi re mais aujourdhui professionnalisée et inexperte en matiére d'Opérations extérieures.
Le non engagement allemand n'en constitue pas moins une rupture dramatique de la solidarité entre tenue depuis 1945 avec ses principaux alliés européens et marque un notable échec de l'Europe de la Défense que Paris s'est efforcée de développer depuis plus de vingt ans pour doter l'Europe d'une force de réaction constituée par des moyens nationaux autour d'un Etat major européen indépendant en vue d'actions autonomes avec le soutien éventuel de l'OTAN.La crise Lybienne était précisément l'occasion pour l'Europe entrainée par la France et la Grande-Bretagne d'assumer la conduite d'une intervention autonome de son niveau dans une zone d'interet stratégique majeur. Compte tenu des réticences de nombre de nations européennes et de la Turquie face au leadership franco-britannique le Président Français a du in fine consentir à confier à l'OTAN la planification et la conduite de l'ac tion militaire en Lybie Paris a obtenu en compensation que la direction politique de l'intervention soit placée sous la responsabilité d'un groupe de contact indépendant de l'OTAN,ce qui n'est pas compris ainsi par nombre de nos d'Alliés. En réalité le projet de Paris de réanimer l'Europe de la Défense en ré-intégrant l'OTAN n'a pas résisté à la premiére crise..
L'Union Européenne est le deuxiéme grand perdant. Devant le refus de l'Allemagne et la réticence de nombre d'Etats notamment de l'Europe de l'Est pour lesquels le Sud méditerranéen reste exotiqu l'Union euroépenne s'est cantonnée à l'action humanitaire.Bruxelles se satisfait d'avoir à initier l'opé ration d'aide aux réfugiés et de préparer l'aide à la reconstruction une fois les combats terminés.C'est en réalité la fin du réve d'une Europe de la puissance capable d'avoir des positions diplomatiques pr pres appuyées sur des capacités militaires autonomes.Nous en sommes tous responsables pour avoir refusé la projet de Constitution européenne.dont nous avons conservé les deux principales innovatio un Président et un Ministre des Affaires Etrangéres élus pour deux ans confiés à deux responsables bien peu charismatiques.Un Tony Blair le plus européen des Anglais aurait réagi.avec plus d'autori té.Nous avons ensuite accepté le Traité de Lisbonne qui consacrait la prééminence du Conseil de l'Europe sur les institutions communautaires ce qui avec la crise de l'Euro a consacré l'axe écono mique germano-français dont l'Angleterre est exclue et qui avec la crise lybienne a consacré l'axe militare franco-britannique dont l'Allemagne s'est exclue, ce qui peut ne pas déplaire à Paris.
Depuis la réunification la société allemande a profondément évolué. Hier fédéraliste pour s'inscrire à l'Ouest dans la démocratie l'Allemagne d'aujourd'hui décomplexée et nationaliste, prend ses distan ces avec Bruxelles et avec l'Union Européenne.L'abstention lors du vote de la résolution 1973 est le signe le plus marquant de l'implosion annoncée du couple franco-allemand jusqu'ici véritable moteu de l'Union Européenne. Gardons nous de désigner l'Allemagne.comme seule responsable.Sous les effets de la crise chaque nation cherche à privilégier ses interets propres au détriment des interets communautaires. Aprés d''aussi graves crises il est impératif de retrouver l'élan des péres fondateurs autour d'un projet renouvelé d'espérance et de progrés pour notre continent et pour le monde .